« Dewey et pragmatisme » : Conversation autour d’extraits de textes.
GERiiCO Axe2 Séminaire d'axesTitre : « Dewey et pragmatisme » : Conversation autour d’extraits de textes.
Intervenants :
- Emilie Da Lage, Travailler les émotions de et du terrain avec Dewey ?
Présentation de l'intervention : « Je vais revenir sur la question des émotions chez Dewey à partir principalement de L'art comme expérience et de la lecture de la philosophie de Dewey sur ces questions par Louis Quéré. Ce travail m'a aidé à deux endroits.
1/ que faire des expériences émotionnelles que nous vivons sur le terrain, et pourquoi les décrire à partir du chapitre sur La honte et la difficulté que j'ai eu à l'écrire pour mon HDR
2/ une réflexion sur les méthodologies d'enquête, mais aussi d'interventions dans des contextes de violence politique à partir d'un travail collectif : “Créer dans des contextes de violences politiques : émotions, art et activisme”. Un travail qui a donné lieu à une réflexion sur les refuges émotionnels, que nous avions présenté pour le colloque “Culture et émotions” avec Béatrice Micheau et une collègue en danse Marie Glon. »
- François Debruyne, Expérience musicale et expérience publique : une écologie des formes de vie quotidienne avec John Dewey,
Présentation de l'intervention : « Ma découverte de la philosophie pragmatiste de John Dewey s’est d’abord faite de façon indirecte : à travers les lectures qu’en proposaient en particulier Joëlle Zask ou Louis Quéré. Travaillant au long cours sur la musique dans les lieux publics, j’ai trouvé dans ces lectures des ressources pour m’aider à comprendre le sens que peut revêtir l’expérience musicale en public et à saisir les dimensions micro-politiques de l’écoute enchâssée dans l’expérience publique. J’en dirai deux mots.
C’est à partir de L’art comme expérience (Dewey, 2014 [1934]) et de la notion d’expérience que Dewey déplie là, que je propose de discuter. Passer par chez Dewey implique indissociablement des questions de méthode et des questions d’analyse. En prenant au sérieux les difficultés auxquelles j'ai notamment fait face pour décrire des fêtes comme expériences corporelles situées, sans perdre le sens de ce qui s’y joue, j’essaierai d’expliciter ce que le détour par Dewey permet de considérer : l’irréductibilité de l’expérience à l’expérience vécue individuellement, la différence et l’emboitement entre faire une expérience et avoir une expérience, des manières d’agir et de subir/éprouver en même temps, des façons d’habiter des espaces, ainsi que la production de communautés d’expérience, dont l’intensité n’est pas toujours ni joyeuse ni émancipatrice. J’essaierai également d’indiquer la perspective profondément écologique que cela ouvre et d’envisager partiellement l’articulation de cette conception de l’expérience avec la question de l’enquête et du public en démocratie chez Dewey, à partir de mes propres enquêtes. »
- Béatrice Micheau, L' EMI comme éducation au politique : enquêter ou simuler l'enquête ?
Présentation de l'intervention : « Je vais présenter un court extrait de "Démocratie et éducation". Mon usage de Dewey est double : à la fois épistémologiquement (il entre alors pour moi dans une galaxie d'auteurs qui ont une approche constructiviste de la science) et dans les usages du concept d'enquête. J'ai découvert le concept d'enquête de Dewey lors de la préparation d'un cours de sémiologie visuelle : il était alors essentiel pour moi de situer C.S. Pierce parmi les pragmatistes ; mais aussi de montrer aux étudiant.es qu'à côté de sémiologies très structurales, si ce n'est
structuralistes, il y avait des sémiotiques ou des philosophies plus ancrées dans la compréhension des interactions entre langue, langage et fabrication sociale des savoirs. Par la suite, j'en ai approfondi la connaissance quand j'ai commencé, dans le cadre d'enquêtes ethnographiques sur les littératies et l'EMI à vouloir comprendre ce qui faisait, ou non, de ces temps éducatifs, des temps faisant des adolescents des sujets politiques potentiels ; des temps d'éducation au politique. J'ai alors émis l'idée que ce qui faisait la différence c'est l'écart, dans les projets éducatifs ou culturels observés, entre enquête et simulation de l'enquête. Je vais dans ce cadre également parler du livre d'Ingold "L'anthropologie comme éducation", revendiquant fortement son inspiration "Dewey". »
- Laura Verquere, Enquêter sur la constitution de "publics politiques" avec Dewey, le cas du problème public de l'allongement du congé paternité.
Présentation de l'intervention : « Je m’appuierai sur le texte de John Dewey, Le public et ses problèmes, en vous présentant la manière dont j’ai mobilisé ses écrits dans ma thèse sur l’étude du problème public de l’allongement du congé paternité. Je m’intéresse notamment à la façon dont des collectifs associatifs se sont progressivement constitués en « public », à travers des processus d’enquête et de production de savoirs à partir d’expériences identifiées comme « problématiques », à des échelles à la fois individuelles et collectives. Finalement, il s’agit de se demander comment on se constitue en « public » d’une cause dans l’espace public, ici l’allongement du congé paternité, où s’entremêlent expériences, production de savoirs, médiations et processus de politisation de l’intime (l’expérience de la parentalité). »
Contact : Bruno Raoul