Portrait de la doctorante Juliette Le Marquer

Doctorants

L’autodérision est une bonne manière de qualifier le doctorat et son environnement.

Avant même de passer le baccalauréat, je savais que je souhaitais faire un métier lié de près ou de loin à l’écriture. Ayant suivi une option littéraire, je me défendais en littérature française et anglaise, en espagnol, en latin et à l’option de théâtre. 

Au moment de décider de mon avenir, j’ai eu le sentiment qu’on me poussait uniquement vers une licence de littérature ou de langues, options qui ne m’enchantaient pas vraiment. À la fin de la terminale, je ne me suis donc pas inscrite en admission post-bac, et suis partie vivre à Londres afin de prendre le temps de réfléchir à ce qui me plaisait vraiment. Cette année-là, j’ai commencé à m’intéresser à la photographie amateur et ai acheté mon premier appareil photo. Après cette expérience riche de rencontres, de découvertes culturelles, et d’indépendance, je suis rentrée en France avec un intérêt accru pour l’écriture, la culture et le patrimoine. 

J’ai démarré mes études par une licence en information-communication à Rennes en 2013, où j’ai découvert divers métiers, comme le journalisme, la critique cinéma ou la médiation culturelle. La plupart des cours avaient un fort rapport à l’image et à l’écriture qui m’ont vraiment passionné, et ont confirmé ma voie dans ces domaines.

Pendant ces trois années, au-delà de la formation infocom’, j’ai continué de me perfectionner en anglais et en espagnol, en m’initiant également au russe. J’ai terminé ma licence par un stage dans un atelier de photographie rennais - Noir noir - pour toucher à la communication digitale et événementielle, et en complément, mieux comprendre le côté technique de la photographie. 

Arrivée en master (2016), je suis partie à Lyon pour commencer une formation en gestion éditoriale et communication internet (master « GECI »). Cette année-là, je me suis intéressée aux enjeux du patrimoine et du numérique, à travers la question des musées et de l’Open Data.

Sur les conseils de Julia Bonaccorsi, j’ai alors bifurqué vers un master 2 « MUSE » (Médiations urbaines, savoirs et expertises), dont la formation correspondait mieux aux enjeux de recherche sur lesquels je me penchais. J’y ai effectué un stage auprès de la fondation FACIM (Fondation pour l’action culturelle internationale en montagne) afin d’étudier les logiques d’intégration des publics sur une application mobile, « Traverse ». Il s’agit d’une application qui répertorie les analogies entre les patrimoines frontaliers franco-suisses, que cela soit à travers la gastronomie, l’architecture, la nature, etc. 

Cette expérience était mon premier bain dans un travail d’équipe, à travers un projet Interreg. C’est elle qui a donné toute sa couleur à mon master, et a fait naitre l’envie chez moi de continuer la recherche autour du patrimoine, dans des projets territoriaux, ou plus larges. 

À la fin de ce stage, ayant passé ma soutenance, j’ai postulé à un contrat doctoral proposé par le projet ANR Mémo-Mines, et sur lequel ma directrice de mémoire, Valérie Croissant, m’avait encouragé à candidater. Après un entretien et quelques formalités administratives, j’ai rejoint le laboratoire GERiiCO, et ai débuté ma thèse sous la direction de Cécile Tardy

Le projet en question porte sur la conversion des traces mémorielles en médiations numériques. Mon sujet se penche plus particulièrement sur les processus de mise en récit de la mémoire minière, portée par des acteurs singuliers, et non institutionnels. Je tente de comprendre les opérations d’écriture de la mémoire en ligne, à travers le cas du patrimoine minier.

Certes, ce sujet n’a pas été le fruit de ma création, mais il présente trois grands intérêts à mes yeux. D’une part, il est centré sur le patrimoine et les dispositifs numériques, mes sujets de prédilection. D’autre part, c’est un travail d’équipe, cassant le mythe du doctorant travaillant dans son coin (qui me rebutait un peu). Enfin, il me permet de rencontrer des collectionneurs passionnés qui me livrent des savoirs inédits sur un patrimoine rare. 

Au-delà de ces aspects scientifiques, mes différentes allées et venues sur le bassin minier, dans le cadre de prospections ou d’entretiens, m’ont fait découvrir un nouveau terrain de jeu pour la photographie. Entre friches d’usines, jardins bariolés de nains et de papillons, et cités aux mille architectures, j’allie le travail et la photographie, ce qui n’est pas pour me déplaire ! 

Pour conclure, si je devais choisir trois mots pour qualifier le doctorat sans tomber dans les clichés de la « découverte » et des « rencontres » que j’ai précédemment employés, je dirais que c’est d’abord beaucoup de bricolage. Un assemblage de connaissances que l’on prend à droite et à gauche, et des idées qui naissent parfois de là où on ne les attendait pas. Beaucoup de hasards qui finalement ne semblent pas en être.

C’est aussi de la complicité, depuis les petits conseils que l’on se donne entre jeunes chercheurs (ou moins jeunes), qu’ils soient pour la concentration, les papiers administratifs, les lectures, etc. Mais aussi les moments de détente autour d’un verre, d’un bon repas, d’un film, d’une exposition, ou encore d’un concert, qui sont indispensables au quotidien.

Enfin, j’ajouterais que l’autodérision est une bonne manière de qualifier le doctorat et son environnement. Arriver dans un milieu nouveau et (très) codifié, où parfois il faut lutter contre son propre sentiment d’illégitimité peut-être ardu. Dans ces moments, en rire avec les autres, et rire de soi-même sont les meilleurs alliés pour s’amuser en thèse, et ne pas la voir comme une épée de Damocles menant à la soutenance. Sur ce dernier point, je recommande vigoureusement le livre Un tout petit monde, de David Lodge, ainsi que le groupe Facebook Neurchi de doctorant. E. s désoeuvré. E. s (SHS) - NDDoc,  pour un quotidien plus léger…

 

Contact : Le Marquer Juliette